Une fable d’agilité : l’enfant et la bouche d’égout

Progresser plus efficacement en progressant plus fréquemment.

Une fable de Marc Marliot, Head of Agile & Product chez Daveo.

Hier matin, ma petite voisine faisait fièrement sa première sortie en trottinette. Et pas n’importe quelle sortie : elle se rendait à l’école.

Son bolide flambant neuf devait lui permettre de réduire le temps de trajet, suivi de près par son père. Comme chacun le sait, un adulte marche généralement plus vite grâce à une longueur de pas supérieure.

Alors qu’elle était en train de prendre de la vitesse, elle passa sur une bouche d’égout. Sa roue se coinça dans les ouvertures, et elle se retrouva stoppée net. Plus de peur que de mal cependant, car elle n’est pas tombée ! Elle a alors retiré sa roue de la bouche d’égout et a pu repartir, côte à côte avec son père.

Ce matin, la petite voisine fait sa seconde sortie en trottinette, empruntant le même chemin. Elle commence à s’élancer, puis voit la bouche d’égout. Elle ralentit, descend pour passer l’obstacle à pieds, sans accroc, et repartir de plus belle.

Elle aurait pu reproduire à l’infini sa première sortie en trottinette, mais elle a appris que passer la bouche d’égout pied à terre était le moyen le plus sûr de ne pas avoir d’accident.

Elle pourra demain, sur le chemin de l’école, essayer de rouler sur un morceau de la bouche d’égout dans lequel sa roue ne se coincera pas… mais laissons-lui ses prochaines itérations !

La morale de cette histoire : rien ne sert d’avoir la meilleure technologie au monde si elle n’est ni adaptée, ni maîtrisée (si si, je vous assure, c’est la morale).

L’agilité et le bon sens de grand-mère nous (ré)apprennent à expérimenter, à progresser, à nous adapter.

Les cycles itératifs et incrémentaux nourrissent notre capacité à analyser les personnes, les moyens et les contraintes pour en tirer le meilleur. C’est la fameuse boucle de feedback & d’amélioration continue.

Ce n’est qu’en alimentant cette boucle d’amélioration continue que notre agilité permet à un groupe d’individus de produire le meilleur résultat possible. Les cadres agiles sont les guidelines qui génèrent cette boucle. À chacune de vos équipes, partenaires et collaborateurs d’en tirer l’enseignement qui transforme le groupe en une équipe surpuissante.

Si vous ramenez tout cela à Scrum, le cadre agile le plus utilisé, la justification même du sprint se trouve quasiment exclusivement dans la création d’une boucle de feedback très régulière :

  • Le daily meeting pour suivre l’avancement du développement, et pouvoir ajuster en temps réel l’effort de l’équipe,
  • La sprint review pour collecter à intervals réguliers les retours des utilisateurs et des parties prenantes,
  • La sprint rétrospective pour réaliser l’amélioration perpétuelle du processus de production

On en arrive alors à la question de la durée du sprint. Nous sommes souvent confrontés à la tentation d’allonger la durée du sprint pour réduire la pression sur les équipes, car nous confondons la timebox avec la productivité. Dans de nombreux cas, réduire la durée du sprint est vu comme demander aux équipes de travailler plus vite. En réalité, une équipe devrait faire moitié moins de travail en 2 semaines qu’en 4. Mais si elle effectue 2 sprints au lieu d’un seul, elle aura gagné la capacité d’améliorer son processus une fois.

Reprenons l’exemple de l’enfant et de sa trottinette. Après l’incident de la bouche d’égout, elle se retrouve face à 2 options :

  • Soit elle ajuste le processus lors de sa prochaine sortie, et son risque d’accident et alors proche de 0, 
  • Soit elle attend la fin de son expérience trottinette pour faire un post mortem, et pour appliquer ce qu’elle en aura appris lors de son prochain projet (disons, quand elle passera au vélo).

Elle aura tout de même plus de chance que son apprentissage lui soit utile lors d’une nouvelle promenade en trottinette, plutôt que lorsqu’elle apprendra le vélo.

graphique-progression

Elle pourrait aussi décider de faire “l’inspection” de sa technique de trottinette, disons, 1 fois par semaine. Dans ce cas, elle aurait une probabilité plus importante de tomber, car  tant qu’elle n’a pas ajusté son comportement, elle risque l’accident. CQFD.

Alors, gardez vos réflexes d’enfants, et comme le disait ma grand-mère, “une Formule 1 sur un chemin de terre, ça va moins loin qu’un VTT” !

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